J’ai eu l’idée de cet article en découvrant en découvrant le film suivant, présenté lors de la semaine de la critique du festival de Cannes :
Dans le désert californien, un pneu prend soudain conscience de son existence. Il se redresse, commence à s’entraîner à rouler, puis tombe sur un feu consumant de vieux pneus. En même temps que sa colère va crescendo, il se découvre un don télékinésique. Sous fond de quête existentielle, le pneu commence alors un carnage sur l’espèce humaine…
Le premier sentiment que j’ai ressenti quand j’ai lu cela est que cela pourrait donner un film intéressant, malgré le pitch très singulier (un pneu psychopate serial-killer). Puis je me suis aperçu que ce film était en fait plus un pastiche des films d’aujourd’hui.
Ce que je veux dire par là, c’est qu’il est nécessaire de se poser une question : pourquoi de plus en plus de films possédant un scénario tenant sur la tranche d’une feuille de papier voient le jour ?
Réponse : parce que ce business-model (le terme est malheureusement on ne peut plus adapté) fonctionne.
Les différents réalisateurs prennent de moins en moins de risques quant à l’élaboration d’un scénario tenant la route et appronfondi. Ils n’ont en quelques sortes pas envie de prendre des risques afin de se reposer sur leurs lauriers, persuadés que leur seul nom ou le nom de la franchise suffira à attirer le spectateur.
Un exemple ? le dernier film de Georges Romero, Survival Of The Dead (aucune innovation, ennuyant, effets spéciaux limités, acteurs endormis) ou encore la série de films Resident Evil.
Seulement voilà, si ce genre de films cartonnent, c’est à cause de nous, les spectateurs, qui acceptons de payer quelques euros le visionnage de films de cette qualité (le prix des places de cinéma est un autre débat dans lequel je ne rentrerais pas).
Dans notre cas, Rubber est le genre de film qui pousse à la réflexion sans même l’avoir vu, juste en prenant les éléments du contexte – présenté au festival de Cannes, réalisé par un des membres du collectif Kourtrajmé (ce membre est plus connu sous le pseudonyme Mr Oizo) , avec des acteurs non-débutants et disposant à première vue de bonnes critiques - :
- Comment fait ce film pour disposer d’un contexte aussi favorable malgré un scénario aussi bancal?
En développant :
- Quel est le véritable part de responsabilité des spectateurs, des réalisateurs et des producteurs dans l’ensemble de la production cinématographique d’aujourd’hui ?
- Est il possible de faire un film dont le scénario tient sur une brindille tout en fournissant une analyse de l’ensemble de l’industrie du cinéma ?
- De gros moyens sont-ils absolument nécessaires pour raconter une histoire et distiller une analyse de notre société (pour info, Rubber a été tourné avec 2 appareils photo CanonMark en 2 semaines)?
- La valeur ajoutée d’une chose tient-elle seulement à sa réputation ou à ses créateurs ?
- Est-il possible, à terme, que malgré son nom, le « spectateur » (re)devienne un « acteur » du système?
Inspiré de
Photo d’ouverture : Excessif.com
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24 septembre 2010 à 10:47 ·
Ce « business-model » comme tu l’appelles fonctionne parce que le cinéma est considéré par beaucoup comme un vecteur de pur divertissement et de détente. L’action, les effets spéciaux, le sensationnel en général ça plaît, donc ça paye donc ça prime. Se prendre la tête sur un scénario alambiqué est plutôt une démarche de « cinéphile », spectateur régulier qui appréhende davantage le cinéma dans sa dimension artistique (je ne dis pas que le spectateur occasionnel est forcément un con fini). Les cinéphiles, en tant que catégorie minoritaire, ne sont pas visés prioritairement par l’industrie cinématographique.