
Nouvel article, nouvelle exposition : c’est Doisneau qui passe aujourd’hui à la casserole. Field report artistique rédigé avec passion par Riwann.
Infos pratiques
Ou? : Hôtel de ville de Paris ( Métro 1, Hôtel de ville )
Qui, que, quoi ? : Le paris des Halles par Robert Doisneau
Quand: Du 8 février au 28 Avril
Temps de visite : 30 minutes
Horaires: Tous les jours sauf dimanches et fêtes de 10h à 19h. Dernier accès à 18h30
Tarif: Gratuit pour tout le monde, pas d’excuse.
Une photo de rue, une seule, ne dit rien, absolument rien quant à une quelconque représentation du monde; c’est un regard vif, une prouesse technique, au mieux une poésie de l’instantané.
En revanche, en regroupant une centaine de clichés d’un Robert Doisneau, il se dégage quelque chose d’aussi précieux qu’une sensibilité. Une vision.
Les 250 clichés exposés du célèbre photographe du Baiser de l’Hôtel de ville ont pour thème les Halles de Paris de 1930 à 1970.
Doisneau a en quelque sorte peint une gigantesque fresque de ce Paris foisonnant aujourd’hui disparu.
Les temps changent, comme on dit, et qui mieux que l’artiste peut s’intercaler dans ce glissement avant qu’une nouvelle normalité et l’oubli rasent le vécu ?

La marchande de fleurs, 1968.
La nostalgie féconde
Qu’a fait, au juste, Robert Doisneau ? Il s’est levé tôt. Tôt, c’est à dire à 3h, au moins une fois par semaine. Il a « gaspillé » son temps ( « Le temps perdu est souvent le mieux employé » Doisneau). Il a pris en photo ce que des millions de gens ont pu voir aux Halles: bouchers, putes, clochards,poissonniers, fleuristes, le pavillon Baltard et bien sur des centaines de passants. A la différence près qu’il avait bien conscience, lui, de prendre en photo ce qui allait irrémédiablement disparaître pour de basses raisons ( donc très vite ).

Les Halles la nuit, 1967
Dans les années 60, avec les projets de nouvelle architecture annoncés, il sait que tout est future ruine, et irrémédiablement les gens et l’atmosphère qui s’y trouvent vont s’envoler. Son travail s’accélère. Il voit la fin lorsque tout est encore en place. ( « Des gens se sont penchés sur le problème des Halles de Paris. Penchés, c’est à dire ont regardé de très haut s’agiter des petites gens.» Doisneau )
Il n’a pas joué au sociologue à la August Sander, ni n’a tenté de saisir l’intemporel, il ne s’est intéressé qu’à des statuts de sels encore vivaces.
Une nostalgie artistique n’est féconde qu’en amont, durant le basculement; ensuite vient le kitsch : le souvenir après l’oubli; cette glu déformant, détruisant toutes les contradictions, détails, qui font la vie vivable.

Les travaux des Halles,1974
La vie vivable
Dans ce Paris des Halls tout le monde se côtoie, les clientes de Dior, les tireurs de diables, les vagabonds, les banlieusards. Tout le monde se tutoie. Il s’y dessine, durant des décennies, une communauté qui transcende en apparence les clivages sociaux pourtant bien réels; il s’y trouve le Peuple de Paris.
Doisneau finit par y être connu et apprécié. Il prend le soin d’offrir en main propre sa photographie à chaque modèle.

L'innocent, 1949.
La vie fourmille, le hasard de la rencontre prend tout son charme. Un lieu précaire, peut être, mais un refuge.
« Je me moque du noctambule qui n’y trouvera plus le bain de fraîcheur après les plaisirs frelatés de la nuit mais je pense à l’homme à la dérive, sans amis dans la ville endormie où les téléphones sont muets, il accostait aux Halles, un peu de chance, il y trouvait de quoi vivre ; un peu de chance encore, il était adopté. »

Bar des BOF, 1972.
L’oeuvre d’une maturité
Les visiteurs et les universitaires s’exclament : il aimait les gens!… Oui, mais non. Il faut aller plus loin. Pourquoi une seule de ses photos contient plus d’humanité qu’un poème de Victor Hugo ? Parce qu’il n’aime ni les bouchers, ni les fleuristes, etc, mais l’individu qui sommeille derrière la profession, avec son histoire et sa dignité qui n’est pas moins grande que celle d’un physicien.
On cantonne souvent Doisneau à un photographe de couples, à un témoin de l’anecdote cocasse. C’est ici bien d’avantage. C’est ici l’oeuvre d’une maturité.

A la fin de l’expo ( excellente au demeurant ) nous est présenté le nouveau projet des Halles pour 2014, ceci le plus naturellement du monde. Comme si il y a un quelconque hommage, une quelconque continuité avec ce que Doisneau a pu photographier. Il s’agit de dédier le lieu à la culture et à l’art. Oui, pour sûr, lorsque la vie se retire, la culture Publique peut prendre place et s’étaler à l’infini. Une sorte d’aveu terrible.
Doisneau, il leur aurait dit: il était là, l’art, avant que vous vous en mêliez.

Les Halles la nuit, 1967

La fin de la fête, 1968

Le brasero, 1969
Infos pratiques
Ou? : Hôtel de ville de Paris ( Métro 1, Hôtel de ville )
Qui, que, quoi ? : Le paris des Halles par Robert Doisneau
Quand: Du 8 février au 28 Avril
Temps de visite : 30 minutes
Horaires: Tous les jours sauf dimanches et fêtes de 10h à 19h. Dernier accès à 18h30
Tarif: Gratuit pour tout le monde, pas d’excuse.
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